(et pourquoi ce n’était pas prévu ainsi)
Lorsque Jessica et moi avons commencé à réfléchir à ce qui allait éventuellement devenir L’Atelier des rêves, il n’était pas du tout question, à l’origine, de fonder une maison d’édition au sens où elle existe aujourd’hui. Nous n’avions pas prévu avoir des auteurs, un comité de lecture, des lancements ou une structure éditoriale complète, mais plutôt de créer un espace de création autour de nos propres univers.
L’idée était différente, plus expérimentale et plus ouverte.

Créer un monde… avant de créer une maison
Nous avions longuement discuté de ce que nous voulions construire, et plusieurs pistes avaient émergé, dont celle des créateurs d’univers, un nom qui, à l’époque, nous semblait parfaitement représenter notre intention : celle de bâtir un monde, d’abord à partir de nos idées, puis d’inviter d’autres artistes à s’y greffer et mettre leur touche personnelle.
Dans cette vision initiale, un auteur aurait pu écrire une histoire, un compositeur créer une trame sonore inspirée de cet univers, un peintre en proposer une interprétation visuelle, et ainsi de suite, chaque créateur ajoutant sa propre identité à un ensemble en constante évolution.
Il ne s’agissait donc pas de publier des livres au sens traditionnel, mais de faire émerger un univers collectif, construit à plusieurs voix, où chaque contribution enrichissait le tout.
Le projet T.R.A.P.S.
C’est dans cet esprit que le premier jet de T.R.A.P.S. a été amorcé, avec l’idée qu’il deviendrait la pierre angulaire de cet univers, le point de départ à partir duquel d’autres créateurs pourraient s’exprimer.
À ce moment-là, nous étions encore dans une dynamique de création personnelle, tournée vers nos propres projets, sans envisager que cela puisse prendre une autre forme.
Une rencontre qui change tout
Puis, il y a eu une rencontre, celle d’un père qui avait une demande simple. Sa fille, âgée d’une dizaine d’années, avait écrit un livre et rêvait de le publier. Il cherchait de l’aide pour le réaliser.
À ce moment précis, nous aurions pu simplement donner quelques conseils, les orienter, suggérer des pistes, mais nous avons choisi de nous impliquer davantage, en nous disant que nous avions, à tout le moins, les connaissances de base pour l’accompagner dans ce processus.
Ce que nous n’avions pas prévu, en revanche, c’est ce que cette expérience allait déclencher.
Accompagner plutôt que créer seul
En travaillant avec elle, en la guidant, en l’encourageant, en prenant part à son projet, nous avons découvert quelque chose de fondamental : accompagner quelqu’un dans la réalisation de son rêve avait un impact bien différent que celui de simplement créer pour soi. Beaucoup plus exigeant, sans doute, mais également beaucoup plus significatif.
Un premier “salon”… sans livres
Dans la foulée, une opportunité s’était présentée : participer à un petit salon du livre. À ce moment-là, nous n’avions encore rien publié, à l’exception du livre de cette jeune auteure.
Malgré cela, nous avons décidé d’y aller, et même de commanditer l’événement.
Nous avons parcouru plusieurs heures de route, payé notre emplacement et préparé le matériel.
Et nous avons fait un choix qui, avec le recul, résume bien notre état d’esprit à ce moment-là : tous les revenus générés par le livre lui reviendraient entièrement.
Concrètement, cela signifiait que nous ne faisions aucun profit et que nous acceptions, en fait, des pertes. À l’époque, la rentabilité n’était pas importante pour nous.
Construire autrement
Sur place, nous avons monté le kiosque, installé la salle, apporté une machine à pop-corn, distribué du saumon fumé, des croissants et des chocolatines aux auteurs présents en guise de commandite et créé des liens.
Et surtout, nous avons pris le temps. Le temps de parler aux gens, le temps de rencontrer d’autres auteurs, le temps d’exister, simplement. Nous repensons souvent à ce moment avec une certaine nostalgie.
Le moment où tout s’aligne
C’est à travers cette expérience que quelque chose s’est clarifié. Pas de manière spectaculaire. Ce n’était pas comme une révélation soudaine, mais plutôt comme une évidence progressive.
Nous ne voulions pas seulement créer des univers. Nous voulions aider d’autres personnes à concrétiser le leur.
Et c’est dans ce contexte que le nom L’Atelier des rêves a pris tout son sens.
Une direction différente
À partir de ce moment, le projet a évolué naturellement, sans plan rigide ou de stratégie prédéfinie. Nous avons décidé de simplement faire le saut et apprendre de nos expériences, sans filet et sans préparation.
Mais avec une direction claire :
– accompagner
– soutenir
– construire avec les autres
Ce que nous faisons aujourd’hui est donc très différent de ce que nous avions imaginé au départ, mais probablement beaucoup plus fidèle à ce que nous sommes.
Avec le recul
Si je devais résumer, je dirais que L’Atelier des rêves n’est pas né d’une idée parfaitement définie, mais d’une succession de choix, d’expériences et de rencontres qui ont orienté le projet vers quelque chose de plus humain, de plus ancré dans la réalité des autres.
Et, paradoxalement, c’est en mettant de côté notre propre univers initial que nous avons trouvé une manière beaucoup plus large de créer.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, lorsque je regarde ce que nous construisons, je constate que cette première décision, celle d’aider plutôt que de simplement créer, continue de guider chacune des étapes qui ont suivi.
À L’Atelier des rêves, chaque projet commence souvent par une rencontre.

David Landry
