(La chronique comique, plaisante et réjouissante de Valérie Lafortune)
Dans l’octogone de la littérature, les gladiateurs sont nombreux. Ils sont tantôt des écrivains, des écrivaines, des auteurs, des auteures ou des autrices. Comment s’y retrouver ? Comment choisir son champion ? Comment démasquer le faux du vrai ?
La première fois que j’ai fait face à ce dilemme de taille, c’est quand j’ai dû coucher sur papier (à côté de ma face sur les réseaux sociaux) le nom de mon occupation. Mon titre. Ma fonction.
Prise de court, car n’ayant jamais réfléchi à la question, j’hésite. Suis-je écrivaine, autrice, écriveuse ? De livres, de romans, de polars, de romans policiers, de thrillers, de fiction suspense policier et médical ? Hein ?
Crise existentielle. Mais qui suis-je ? Qu’écris-je ?
Épuisée, je ferme mon ordinateur et me couche en p’tite boule pour pleurer. Et, entre deux sanglots, je pars en quête de réponses.
La question : Comment choisir son titre professionnel ?
La tendance du moment
Je sèche mes larmes, réouvre mon ordinateur et troll les autres, les comme moi, ceux qui donnent dans le même genre de livres, de romans, de… vous voyez où je veux en venir. Je consulte des forums sérieux et presque scientifiques. J’écoute des émissions de radio culturelles. Et finalement, je fais comme la moyenne des ours et me laisse baigner par la tendance du moment (lire je me laisse un ti-peu influencer par ce que les autres font).
Peser le pour et le contre
En être humain rationnel, je saute sur une feuille et un crayon pour lister le pour et le contre en me disant que le titre gagnant sera celui avec les meilleurs arguments. Voici ce que ça a donné :
Pour écrivaine : Sonne noble et grandiose. Me réchauffe le cœur. Me remplit de fierté.
Contre écrivaine : Apparemment, selon les internets, ça veut dire que t’as jamais rien publié. Je fais la moue, c’est poche.
Pour autrice : Mot féminin. Ben oui, c’est tout. Même en me forçant.
Contre autrice : Ça rime avec triste. Le r roulé peut être agressant dépendamment de comment il est prononcé. Perso, me fait grincer des dents.
Pour auteure : Sonne comme hauteur. Élégant.
Contre auteure : Générique. Incomplet. Un genre de coït interrompu. Nous vient invariablement en tête la pensée suivante : oui, mais, auteure de quoi ?
Les nuits blanches, je ne vous dis pas. Surtout que pour quelqu’un qui écrit (je reste vague ici, car j’ai pas encore choisi le titre gagnant) chaque mot compte. J’aime la précision, le mot juste. Ça y est. Je suis au bord de la panique. Je vais me coucher, convaincue que choisir un titre professionnel est une forme ingrate et très puissante de torture psychologique.
Regrets historiques
Au matin, je me lève avec une épiphanie. Le grand gagnant de la guerre des mots est…auteure ! Ta-dah ! C’est professionnel, propre et accepté dans le monde de l’édition. Excellent choix.
Vers l’heure du dîner, le regret m’envahit. Pas juste une pincée ou un soupçon de regret. Non, non. La salière au complet. La douche de regrets. La vague. Une cr.. de grosse vague. Est-ce que Victor Hugo aurait voulu être un écrivain ou un auteur ? Pas que je me prends pour VH, mais l’héritage historique de mon art m’interpelle soudainement. Je ne veux pas renier les écrivains passés et futurs en rejetant ce noble titre. Puis, comme une girouette trop caféinée, je me dis que je dois être de mon temps (lire : contemporaine, à la mode). Quel déchirement !
Allons-y avec la famille
Devant tout déchirement, on demande à sa mère et on fait ce qu’elle dit. Point final. Alors, allons-y avec la famille.
La famille élargie du mot écrivain est vaste, comme celle de nos ancêtres. On parle de noms (écritoire, écriture, écrivassier, écriteau), de verbes (écrire, écrivaille, inscrire), d’adjectifs (scriptural), de cousins lointains (écrivante) ou carrément baveux (écrivaillon).
Maintenant, voyons ce que ça donne avec le mot auteur. Hum…on arrive vite à la conclusion que l’auteur vient d’une famille plutôt moderne, avec 2,4 mots rejetons à son actif. Un adjectif qui semble venir d’une famille bohème et/ou recomposée (auctorial), un nom (autorité) et un verbe (autoriser). Et j’ai vérifié, le mot auterer n’existe pas.
Ouverture sur le monde
Dans une dernière tentative de raisonner un choix qui, on s’entend, est plus émotionnel que rationnel, je laisse libre cours à mon imagination. Comment appelle-t-on quelqu’un qui écrit des poèmes ? me demandais-je donc. Et je brainstorme là-dessus.
Poème : poète
Roman : romancier
Bande dessinée : bédéiste
Drame : dramaturge
Fable : fabuliste
Essai : essayiste
Journal : journaliste
Biographie : biographe
Scrabble : scribe ?
Quelqu’un qui écrit de la scrap : scrapiste ?
Horreur : horroriste ? (à ce point-ci, je brainstorme sur un vrai temps)
Polar : Polariste, polarié, polateur ?
Conclusion, s’il en est une
Après mûre réflexion, je pense inventer le mot polariste et l’offrir en cadeau au monde littéraire, afin de fournir une option potable aux indécis du titre professionnel. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que polariste sera le nouveau mot chouchou de la rentrée, le mot cool, trendy et qui fait chic dans un 5 à 7 ou dans un relais de skidoo !?
En attendant, qu’on m’appelle auteure, sachant que, dans mon cœur, je suis aussi et avant tout une écrivaine.
Polaristement vôtre,
Valérie Lafortune

Une réponse
Tellement drôle et rafraîchissant… je suis fan et j’adore! Vive l’audace de la proposition qui sonne et résonne superbement bien!